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Miércoles, 18 Diciembre 2019 17:50

Relecture

Escrito por

Texte: Caterina Mora

Traduction: Leslie Cassagne et Caterina Mora

 

Sur cette relecture francisée, et la clarification de son contexte

Ce texte est la traduction en français de l'article paru dans le livre Segunda En Retrospectiva, primer libro de Segunda En Papel EDITORA (2018). La dernière partie de cet article a été présentée dans le cadre du Séminaire “Création Contemporaine dans le Cône Sud” le vendredi 5 avril à l'Ecole Normale Supérieure de Paris. Sa lecture bilingue en espagnol et en français a ouvert la session. Dans le texte original il n´y a pas les mêmes notes de bas de page, elles ont été ajoutées à la traduction afin de clarifier certain termes. 

 

Tanto que te queremos danza puta barata

Nous t’aimons tellement, putain de danse bon marché 

 

L’autre jour sur une place de Bruxelles on m’a demandé: "quelle est la caractéristique de la danse en Argentine?" Et j’ai répondu du tac au tac : "travailler pour presque rien." Après un fou rire incompréhensible de ma part, je me suis expliquée un peu plus et j'ai dit: "Il y a tellement de passion et dévotion, et pas du tout de fric, qu’on obtient des résultats très particuliers”.

Cette chose que j'ai dite avec un esprit romantique et désinvolte mérite de nombreuses corrections. C’est également ce qui constitue le thème de cet essai, né d’un premier texte que j’ai publié en 2016, avec des préoccupations similaires, intitulé « Précarité rusée : produire sans fric », voici donc une auto-citation de la fin de ce texte en guise de présentation du présent essai :

                            Sans cash on produit pareil. Malgré nous.

                            Sans cash on produit pareil. C’est une puissance. (1)

 

Avec ce sublime poème, je voulais faire référence aux conditions dans lesquelles une majorité d’entre nous s’habituent à produire. Bien sûr, je parle d'une majorité informe basée dans la ville de Buenos Aires et ses alentours (l’expression "danse en Argentine" n'avait pour but que de  mettre un peu de punchy en première ligne).

De ce que j’ai déjà exposé découle la ribambelle d’éclaircissements qui vont suivre, pour deux raisons : premièrement, parce que ce n’est qu’un point de départ, un état de la question, et deuxièmement, parce que si vous lisez ceci sur papier (je me suis dit), cela devrait être important.

Quand je parle de "danse", je fais référence à ce que nous appelons dans notre contexte "danse contemporaine” (2) qui, bien qu’elle semble impliquer la désintégration des définitions clichés, est une discipline élitiste. Pas dans le sens où l’est la danse classique, où l'exclusion se fait par des conditions physiques, mais en ce qui concerne niveau d'études atteint. Pour votre "appréciation", sachez que la réputation de la “danse contemporaine" vient du fait qu’elle appartienne au circuit "de l'art contemporain". Cette "danse contemporaine" est amie intime d’autres disciplines, et ses acteurs sont plus ou moins liés aux arts visuel, à la musique, au théâtre, au cirque, à la “performance", et elle implique de nombreux professeurs de pilates et de hip-hop, flamenco, tango, etc. Je porte mon regard sur ceux qui sont liés à la "danse contemporaine", qu'ils créent, produisent, administrent, enseignent, et surtout sur ceux qui se demandent comment continuer à le faire.

Nous sommes une corporation tenue bien au chaud à la lumière de ses lectures. Nous avons étudié à l'université ou dans des instituts d'enseignement supérieur et il est fort probable que nous connaissions les questionnements et les lectures de Susana Tambutti (3). Nous formons une armée de monotributistas (4) (pardon pour les généralités) qui, en plus de suivre des cours et de s’entrainer sans répit, a des aspirations créatives et/ou "cultivées". C'est pourquoi je maintiens que nous faisons partie d'une petite élite intellectuelle.

Ici nous entrons dans la partie qui me passionne le plus, à savoir parler de notre privilège (5) : nous sommes en général enfants des institutions publiques. Nous accédons sans frais à une éducation intégrale prestigieuse. Qu’on me dise donc si on peut trouver une Licenciatura (6) en Composition Chorégraphique en danse-théâtre (UNA) ou le cursus de Licenciatura en Arts (UBA), avec ce niveau et avec ces programmes (parfois assez extravagants) quelque part dans le monde ! Eh bien non, il n’existe dans pratiquement aucun autre endroit au monde.

Alors : hyper bonne nouvelle ! Notre situation est bien plus formidable que celles de nombreux pays d’Europe, mon gars ! C’est pour nous, les Argentins "un droit public", que celui d’étudier et de se professionnaliser main dans la main avec les institutions publiques, là encore quel prestige ! Quelle heureuse stabilité. Nous ne payons pas pour des études qui sont une rude traversée, particularité qui n’existe presque nulle part ailleurs : c’est, à mon avis, notre plus grande vertu.

Maintenant tous les "mais". Aura! (7)

La production des pièces. Un jour, alors que je parlais avec un type du monde du théâtre, celui-ci m'a dit : “on a l’habitude de productions pouvant atteindre les 50.000 pesos (8)". Et j'ai pensé "quelle chance ont “ceux du théâtre” avec leurs productions à 50.000". Dans le monde de la danse, lorsque nous obtenons une subvention, nous ne pouvons pas nous présenter les deux années suivantes. Mais alors, quel argent pour produire ? Bon, nous pourrions faire partie de la programmation d’un théâtre public (seulement pour les chorégraphes reconnus), mais sinon (et de toute façon), nous demandons des subventions à Prodanza, au Fonds métropolitain, au Fonds national des arts, à l’Institut National du Théâtre (si nous prouvons que nous avons du texte), à Iberescena (s’il s’agit d’un projet dépassant l’échelle du pays), à être programmés au FIBA (tous les deux ans) (9), à la Biennale de l’art jeune (tous les deux ans) (10), Plus ? J'ajouterais les nouvelles aides à la mobilité. Et si tu as gagné, super bravo, merci à tous et ... “où va tout l’argent? Tu n’as quand même pas bidouillé les comptes?” Disons que ce n’est pas si terrible, il existe une certaine circulation de capital de l’Etat (dans la capitale), mais, bien entendu, nous devons avoir un certain mérite pour l’obtenir.

Les espaces de présentation. Un théâtre ou un espace, adapté et propre à la danse : aucun pour le moment. Nous avons programmé de la "danse contemporaine" dans des salles sans sol adéquat, et même sans lumière. Nous créons des coopératives pour payer les salles de répétition, nous sommes des recycleurs de scénographie, des troqueurs compulsifs de biens et services contre d’autres biens et services. Et nous le faisons plutôt bien.

Les ressources. Nous programmons par le biais d’appels à projets ou de théâtres d'amis ou de contacts proches, nous publions des requêtes sur Facebook (oui, on adore ce monstre) et nous obtenons des idées et des réponses, nous nous adaptons aux conditions des salles, nous négocions les lumières et / ou les filtres, nous nous prêtons du fric entre nous.

Les tournées. Je peux compter sur les doigts de la main les œuvres argentines qui partent chaque année en tournée. Le monde "actuel". En général, nous n’en avons pas vraiment idée, pas même de ce qui se passe au-delà des frontières amies. Nous sommes assez isolés, même si heureusement cela semble commencer à changer ces dernières années. Les choses de l’extérieur nous parviennent à travers le divin Internet ou par une bonne baffe, lorsque nous apprenons l’arrivée de célébrités dans un festival, pour nous faire passer des auditions ou lorsque que l’un de nous a du succès à l’extérieur. Cependant, et ceci est en notre faveur, nous avons une idée plus ou moins claire de l'histoire "universelle" de la danse, de ses principaux représentants et nous savons qu’Isadora nous a traités d’ “ espèces de noirs ignorants”, ou quelque chose comme ça.

La diffusion. Par mail, en mitraillant d’invitations Facebook, des heures à la sueur de notre front devant les écrans, le  flyer à la main, sur les groupes What's app. Via les méga-médias  papier, en les payant, en les harcelant, ou à travers nos contacts, et super banco si ceux de Segunda écrivent pour notre travail.

Le public. Il fluctue, mais il est très peu probable que nous vivions avec ce que génèrent les entrées qu’on nous achète. Nous venons nous voir entre nous, et il y a aussi nos familles et nos amis. Et de quoi vivons-nous? Bon, il y a Monseigneur le Marché des Arts, Monseigneur l'Etat et tout le tralala. Ou bien nous faisons partie d’une escouade scolaire ou institutionnelle (enseignant, acteur stable ou ponctuel dans un théâtre, positions institutionnelles), avec tous les avantages que cela apporte, ou bien nous nous insérons sur le marché, payés par le privé (également dans les théâtres, les institutions, l'enseignement). Avec cette inflation, nous nous en sortons très mal, nous n'augmentons pas les prix des classes, et l'État nous paie n’importe comment  par rapport aux indices d'inflation, car les subventions arrivent toujours en retard.

Que nous reste-t-il? Andasca! Araca! (11)

Eh bien, si le président actuel donnait l'argent de l'un de ses plus de 50 comptes offshore, les gens de la danse créeraient un théâtre exclusif pour la danse avec des entrées à prix libre . Ainsi nos propres collègues viendraient nous voir. Et pourquoi pas ?

Une autre chose formidable, ce serait de prendre le taureau par les cornes et de distribuer des livres gratuits, ce qui, disons-le, n’arrive pas tous les jours. Pour ma part, j’ai eu des livres gratuits à au moins trois occasions : s’il s’agissait de programmes de festivals, d’anthologies de gouvernements "populistes" ou si je les avais téléchargés à partir du Divin Internet.

Une autre idée serait de ne plus postuler massivement à tout. We are sorry to tell you that in this occasion you are not among the X selected projects/residents. Nevertheless, the high number of applications has encouraged us to launch a XXX program for next year, to which we invite you to apply. Des comme ça, j’en ai beaucoup et je l'ai mis en anglais parce que ça sonne moins acide que dans ma langue maternelle.

Eh bien, je n'ai pas la solution. Cependant, je suis terriblement convaincue que la création est intrinsèquement liée à cette forme de production précaire. Cela implique l'acceptation d'une tristesse ou d'une situation de merde qui ne peut que générer plus de créativité. Amen, la psychanalyse. C'est notre truc. Mon propos est donc de relier la précédente sociologie à deux balles au domaine de l’esthétique. Suivant le fil  de mon cheminement, je conclus.

Experts en poubelles pour trouver nos props, nous travaillons avec trois fois rien, en comptant les centimes pour s’acheter un costume. Nous utilisons des matériaux bon marché, prêtés, usés. Nous adorons ça. Cinéphiles, parce que par chance internet n’est pas rationné dans notre pays. Nous utilisons nos familles, nous demandons de l’aide à nos proches, et nous formons des réseaux autour de nos œuvres. Rois de l’alimentation équilibrée, nous sommes amis avec ceux qui bossent dans les boutiques diététiques.

Super fans de ces français type Foucault, Bergson, Derrida, Deleuze, Barthes, Bourdieu, de la théorie queer aussi, et tu peux parier que nous avons tous un livre d’iels dans une édition bon marché. Nous parlons de colonialisme et nous lui faisons face. Nous hackons des tournures de langue et instituons de nouveaux mots, comme par exemple “empoderar(se)”.

Disons que sur le terrain de la danse contemporaine, il n’y a pas de puissants “maitres des moyens de production”. Nous essayons de ne pas être pauvres et de nous cultiver. Nous postulons aux postes publics et ça nous va de travailler gratos, ou presque gratos dans masse de projets. Nous sommes multi-task toute la semaine. Nous nous ego-convainquons que c’est comme ça et nous faisons avec, sachant qu’il est assez improbable que nous arrivions à être PDG de la danse et que nous puissions confortablement payer un loyer. Par chance, nous avons un système de santé public et si nous nous cassons quelque chose, nous sommes un minimum couverts. Ce n’est pas non plus comme ça partout, eh.

Nous connaissons Terpsichore et nous savions bien que si c’était la merde, ça allait être encore pire avec le macrismo (12). Nous sommes quelque chose comme des héroïnes marginales. Oui, bien sûr, parce que pour la plupart nous sommes des femmes. Nos biographies sont des biographies de lutte, de corps qui apprennent, qui cherchent, de classe en classe, de répétition en répétition. Nos corps se développent, se déploient, tombent malades, se remettent et continuent. Nous transpirons grave, et c’est pour ça que nous trimballons des fringues de rechange presque partout. Des corps qui souffrent s’ils sont en pleine période de règles pendant une représentation, nous le savons bien. Nous utilisons la cup, nous achètons des huiles essentielles Just qui viennent de Suisse, nous manifestons pour l’avortement légal et gratuit. Nous nous bougeons. Nous créons des diagonales dans la ville, nous avons mal aux psoas à cause de ça, nous esquivons les voitures, nous nous asseyons par terre n’importe où, nous ne mettons pas de soutif, nous ne nous épilons pas, enfin pas toujours. Nous investissons beaucoup plus dans de super godasses pour danser que pour sortir faire la fête. Ouf !

Notre effort, c’est la décision de persister. Contre quoi ou qui luttons-nous ? Contre ces conditions de productions précaires, pour (sur)vivre avec ce que nous appelons l’art. Nous sommes kantien.ne.s, parce que nous concevons l’art comme une fin en soi, et même si nous nous en défions, nous sommes cartésien.ne.s parce que nous nous y connaissons en entrainement du corps. 

Nous produisons pour, par, et avec les théâtres, nous présentons des dossiers, nous essayons de continuer à créer. Nous le faisons de notre poche, en sachant que c’est pas du fric qui va revenir, mais “autre chose”, un peu comme quand dans une classe on te dit “oui, c’est pas mal”. Voilà, il est bien romantisé, l’élan vital bergsonien de notre existence. 

Parfois nous pensons à des œuvres que nous ne pourrons jamais faire parce que nous n’avons pas de fric. Et d’autres fois nous faisons des choses super géniales. Nos tiramos al abismo de procesos creativos para salvarnos a nosotras mismas. Nous nous jetons dans les abîmes des processus de création pour nous auto-sauver. Adoramos los ensayos húmedos, nous  adorons les répétitions humides, los mates previos y/o posteriores al ensayo, les matés d’avant ou d’après. Nous sommes les indiennes auxquelles Isadora Duncan faisait référence, mais ne lui déplaise, nous sommes cultivées. Rédemptrices de nous-mêmes à chaque classe, caudillas (13) têtues de ce que nous croyons et de ce que nous créons.

Mon unique final possible, c’est d’avoir l’espoir que ce texte devienne vieux dans quelques années, que les choses aient changé. Dans le prologue de Lanzallamas, Arlt écrit “le futur est à nous, dans la surpuissance du travail”. Alors voilà, il nous faut plus de danse.

 

NOTES:

1. Voir http://cuadernosdedanza.com.ar/danzacontemporaneaencartelera/35/precariedad-astuta-producir-sin-cash

2. Sur le concept de "l'art contemporain", ses caractéristiques et ses liens avec la "danse contemporaine" dans les productions argentines de ces dernières années voir : http://cuadernosdedanza.com.ar/textosdanzacontemporanea/395/la-muerte-del-arte-y-los-nuevos-modelos-de-produccion-en-danza-contemporanea

3. Susana Tambutti est professeure d'Histoire générale de la danse (UNA) et professeure de Théorie générale de la danse dans la carrière artistique (UBA), et directrice de l´ Instituto de Investigación de las Artes del Movimiento (IIDAM). Voici un texte de l'auteur : "Danse et autonomie" : http://cuadernosdedanza.com.ar/textosdanzacontemporanea/245/http-cuadernosdedanza-com-ar-enpalabras-texto-danza-y-autonomia-pasodoble-8-segunda-dco 

4. Le monotributo est en Argentine le régime fiscal des travailleurs indépendants, qui paient une cotisation mensuelle fixe pour pouvoir émettre des factures et bénéficier d’un système de retraites. L’équivalent français serait celui de l’auto-entrepreneur, dont la situation est bien plus précaire que le salarié.

5. Voir: http://cuadernosdedanza.com.ar/danzacontemporaneaencartelera/310/privilegios-de-artistas

6. Licenciatura est un parcours universitaires qui dure théoriquement quatre années, mais je ne connais personne l’ayant réalisé dans ce temps record. Celle que j’ai suivie, pour exemple, est constituée de quarante-cinq matière, et inclut la rédaction d’un mémoire. 

7. Dans le folklore argentin, c'est l’exclamation qui encourage à entrer à danser. Elle signifie « maintenant ! »

8. Au 30 juillet 2019 : 50000 pesos argentins = 1022 euros.

Quand ce texte a été écrit, en février 2018,  50000 pesos argentins = 2040 euros

9. Le FIBA est désormais un festival annuel. 

10. Editions 1989, 1991, 2013, 2015 y 2017.

11. Termes de l’argot protège signifiant “à l’aide !”

12. Le macrismo viens de la Presidence de Mauricio Macri. 

13. La figure de le caudillo dans la culture argentine est quelqu’un qui dirige un groupe de personnes, en particulier une armée ou des personnes armées.

 

Caterina Mora

Soy de Fiske Menuco (General Roca, Río Negro). De pequeña iba a peñas folclóricas. Ahora a veces las visito o milongueo. Luego egresé del Prof. de Danzas Clásicas y Contemporáneas (IUPA) y después de la Lic. Composición Coreográfica, Danza-Teatro (UNA). Actualmente estudio en LEM. Como directora: El Ocaso de la Causa y como performer: Experiencia Infinita (MALBA, 2015), En Obra (2014 y 2015) y Caipirinha (2015, 2016). La escritura me sirve para ver desde otra perspectiva la práctica. Estoy convencida que su concreta bi-dimensión (del papel o de la pantalla) posibilita cierta multi-dimensión. Eso intento, o al menos, eso busco. 

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